vendredi 4 avril 2014

Arpenter le territoire...

Arpenter le territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines, je le fais depuis le début du mois de janvier...


J'ai mené (et je mène encore) des ateliers d'écriture un peu partout ... au centre social Pasteur de Guyancourt pour collecter les récits d'adultes non francophones en vue d'une expo à la mairie à l'occasion des 40 ans du quartier, au collège Courbet de Trappes pour le projet, imaginé avec Béatrice Saou avec ses 3ème D : Trappes en 3D et pour la Fête du Conte de St Quentin, en trimballant ma marmite à écrire sur les 7 communes du territoire, pour l'écriture de contes commencés dans une ville, poursuivis dans une autre et finis dans une troisième !

Pour tout ça, j'avais des partenaires de choix : le réseau des médiathèques de St Quentin-en-Yvelines, le Musée de la Ville, la mairie de Trappes, celle de Guyancourt.

Et c'était merveilleux, riche, (crevant), drôle, souvent étonnant/détonnant, presque toujours très émouvant.

Quelques photos prises à l'école André Gide de Magny-les-Hameaux, dans la classe de M. Samson qui a mis le point final au dernier conte : "Les deux mondes" (avec une langue inventée, l'Outloupien !).



Avec Julien, super bibliothécaire !











ça cogite : à partir du texte écrit dans les autres classes, et de nouveaux mots tirés au sort, on imagine la fin de ce conte (très !!) revisité !
Deux autres contes écrits dans les classes de St Quentin : "Le royaume enchanté" (avec un "gnoume" créature mi-gnome, mi-gnou !), et "Contes jaloux"(où le sablier n'est pas rempli de sable mais de mini-loups !) seront bientôt illustrés dans d'autres écoles par les élèves de CE1. 

Bref, arpenter le territoire, passer de classe en classe, écouter, partager, rire et écrire, c'est le plus beau métier du monde. 




Au centre Pasteur, j'ai écouté des gens me parler de leur arrivée en France, voilà le témoignage de W. : 



"J’ai fui la guerre en Syrie, au début de l’année 2011, puis je suis repartie là-bas pour finalement revenir en France définitivement en janvier 2012.

Là-bas, j ‘étais médecin, ici, je ne suis rien.
J’ai peur de perdre ce que je sais, toutes mes connaissances. J’ai peur qu’elles s’envolent petit à petit et que je ne sache plus rien faire.
Ma vie est devenue si compliquée. Si triste. Brusquement.

Quand on nous sommes partis, quand nous avons fui, nous n’avons rien pu emporter. Juste les vêtements que nous avions sur nous. Pas le temps de faire nos valises…

J’aurais voulu prendre avec moi la vaisselle en argent de ma famille, les photos de notre vie en Syrie.
J’ai dû laisser mon chat. Mon chat tout blanc aux yeux bleus. Il paraît qu’il attend encore sur le muret du jardin. Il attend sûrement qu’on revienne le chercher. Je pleure à chaque fois que j’y pense. Il n’a personne contre qui se blottir.

Ici, en France, à Guyancourt, dans le quartier où je vis, j’ai trouvé un peu de paix.
Je sens cette paix autour de moi.

Nous sommes arrivés sous la neige, en janvier. Une neige épaisse comme je n’en avais jamais vu avant.
J’ai mis un second manteau, pour avoir moins froid. Maintenant, je me suis habituée et j’aime l’hiver en France.
Il y a des espaces verts partout, des parcs, des jardins, des fleurs. Partout.

Ici, en France, à Guyancourt, dans le quartier où je vis, j’ai retrouvé le sommeil.
Même si je n’ai pas de nouvelles régulières de mes parents, même si l’argent est un gros souci, même si j’ai tous ces souvenirs violents en tête : je dors enfin. Parce que je me sens en sécurité ici.

Je rêve d’avoir un endroit pour moi, un endroit pour écrire des poèmes, un endroit pour peindre.
Je rêve de rentrer un jour chez moi, en Syrie. Mon fils me dit d’oublier.
Mais comment oublier ?

Comment oublier ce pays si beau, où tous vivaient ensemble, musulmans, chrétiens, juifs, comme des voisins, comme des amis.
Comment oublier les souffrances de mon peuple ?

J’aurais voulu, dans mes valises, apporter l’air de la Syrie, pour le respirer ici.
J’aurais voulu apporter le sable chaud de Syrie, pour y marcher encore.
J’aurais voulu apporter les arbres, la terre, les rivières et les oiseaux de Syrie.

Je rêve souvent de ce pays si vivant, qui me manque."




Quartier du Pont du Routoir (Guyancourt) dans les années 70. 


Au collège Courbet, les élèves de 3ème ont eux-mêmes collecté des récits de vie, autour d'eux, dans leur famille, ou dans une maison de retraite, comme ce fut le cas ce jour-là, avec Monsieur M. : 

"Lorsque je suis né mon père a été mobilisé pour la seconde guerre mondiale. Il n’y avait pas d’hôpital à Trappes et c’est une voisine qui a accouché ma mère. Cette dernière travaillait de nuit, à la gare de triage et dépôt de Trappes, et m’emmenait avec elle sur son lieu de travail car elle n’avait personne pour me garder. Ma mère était résistante, et la nuit elle changeait les pancartes de destination sur les trains allemands. Elle a été dénoncée, et pour échapper à la Gestapo, elle est partie rejoindre sa famille à Niort, en vélo. Moi, j’étais dans une petite remorque attachée derrière. Ma mère m’avait emmitouflé dans des couvertures mais la nuit il faisait très froid. Nous dormions sous les arbres qui nous protégeaient du mauvais temps..." 



Je vous montrerai des photos des deux expos et des livrets qui seront imprimés et offerts aux participants. 



Des petits qui laissent leur imagination "prendre le pouvoir", des jeunes qui s'intéressent à d'autres habitants de leur ville, des gens arrivés en France qui se racontent : 
c'est joli, non ? 


♡♡♡

Ces projets peuvent voir le jour grâce à une réelle volonté des partenaires cités au début de mon article. 
Des projets ancrés dans le territoire, qui donnent du sens aux mots "culture" et "lecture publique". 
















4 commentaires:

  1. Purée... Mais quelle émotion de lire toutes ces histoires de vie...
    Pfiou !

    RépondreSupprimer
  2. Merci beaucoup, Séverine. MERCI.
    un bout d'une des classes

    RépondreSupprimer